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Périple dans les montagnes chinoises

Le dernier voyage du juge Feng

Film chinois de Liu Jie avec Li Baotian, Yang Yaning, Lu Yulai.

Voyage au flanc des montagnes du Yunnan, province du nord de la Chine, et découverte de magnifiques paysages méconnus par le spectateur et touriste occidental plus familier des régions côtières, densément peuplées.

Rating : mmmmh !

Le juge Feng accompagné de Yang, femme d’origine Yin qui, comme un ange gardien, depuis des années le soutient et l’aide dans son art de rendre la justice, et de Ah Luo, fraîchement diplômé de l’université, dispense la justice de village en village après de longues marches à pied sur des chemins étroits et difficiles.

Ce voyage qu’il effectue depuis plus de 20 ans rompt quelque peu avec d’habitude ; Yang doit prendre sa retraite en raison de la professionnalisation des cadres judiciaire. De fait, dans les années 70, l’Etat a mené une politique d’intégration des minorités dans les structures administratives du pays. Elle a été choisie pour remplir l’office de greffière. Cette intégration l’a empêchée de se prêter aux pratiques de la visite nuptiale, interdite en ville, et l’a donc obligée à garder le célibat. Alors qu’elle atteint l’âge de 45 ans, le gouvernement applique une nouvelle politique qui tend à évincer les personnes non diplômées comme elle… Là voilà contrainte de rejoindre son village et d’y rester… sans mari et alors qu’un lien invisible très fort la lie au juge Feng, sentiments inavoués et non assumés.

Le film illustre la dichotomie entre le vieux juge qui prodigue ses sentences, en les mâtinant de bon sens, d’humanité, d’un certain humour caustique et d’engagement personnel et le jeune juge qui se retranche derrière le savoir acquis à l’école et qui considère que Feng dévalorise l’image du juge en s’accommodant de certaines tâches (tirer par une corde un cochon en ville), en rendant des verdicts qui prennent en compte les croyances et les coutumes des justiciables au mépris du droit général. Il ne comprend pas cet art de la conciliation qui permet de préserver la paix entre des familles qui se déchire autour de la propriété d’un pot de terre, qui s’emportent parce qu’un porc a déterré et profané des ossements d’ancêtres. Entre le droit rigide applicable et les gens de ces villages dont les comportements passionnés devant le tribunal, sommairement installé en plein air, déroge avec la loi, une justice localisée s’invente au gré des affaires.

Déjà, pendant le trajet en voiture sur une route cahoteuse aux lacets à fleur de falaise, trajet qui n’est qu’une première étape avant d’atteindre les lieux où le juge doit rend après procès hauts en couleurs ses verdicts, le jeune juge connaît ses premières difficultés d’adaptation… Son estomac ne supporte pas le voyage… Puis tout le long du périple judiciaire, il se heurtera à lui… Lui qui a décidé de se marier avec une des jeunes femmes d’un village et qui, à cet effet, amène de la ville une télévision, qu’il entend donner comme dot. Mais cette union, qui lui fait oublier ses devoirs de juge, lui révèle que la loi générale n’a pas écho là où elle est rendue aveuglément sans humanité.

Le film qui livre des images de cette Chine immense, dont le gouvernement communiste cherche à appliquer son pouvoir sur tout le territoire, met aussi en lumière la condition des minorités et la fragilité de la soumission des communautés lointaines au droit venu du ‘centre’. Il montre que l’empire de la loi ne peut se réaliser sans considération des us et coutumes locaux… que le respect de l’emblème de l’Etat tient plus à la renommée personnelle que le juge Feng a acquise au fur et à mesure du temps, que des insignes impersonnels qui y sont gravés. D’ailleurs la perte de celui-ci, son « sauvetage » puis la cérémonie qui célèbre cette action démontrent très clairement cette ambiguïté.

Voilà donc une œuvre originale aux yeux du spectateur occidental qui sourit devant les situations ubuesques auxquelles est confronté le juge Feng, devant les coutumes des villageois (comme cette scène où le code du village est lu aux chèvres que l’on va bientôt occire.) Œuvre qui réussit aussi à nous lier aux personnages principaux et à être traversés par une émotion indicible.
La photographie du film retient également l’attention par sa profondeur de champ, par sa manière de présenter une région d’une grande beauté, où la route non viaire relie des petites communautés villageoises esseulés dans lesquels le folklore des minorités prend place.

http://www.skepse.com/2007/11/periple-dans-les-montagnes-chinoises">
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