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Michael Moore’s touch : Sicko

Voici le nouveau-né de Michael Moore, désormais connu et reconnu pour être un cinéaste « poil à gratter » du système américain, dénonçant scandales, systèmes frauduleux, etc. Cette fois-ci, Moore s’intéresse au système de santé américain et dresse un tableau apocalyptique : des millions d’individus non couverts, des milliers d’autres bannis de toute assurance (car présentant des pseudo-symptômes de maladie…), des personnes escroquées par leur assurance, des médecins exerçant selon une logique de rentabilité pour l’assurance et de réduction des coûts, des hôpitaux qui rejettent les malades…
A cet égard, ce film use à merveille de l’empathie et du pathos pour susciter l’adhésion du public qui, devant les situations les plus injustes, ne peut que se lever de son siège, indigné…
Rating : moui

Le discours est percutant ; il s’adresse d’abord aux citoyens américains afin de les obliger à regarder les dysfonctionnements flagrants de leur système de santé, basé sur l’assurance individuelle. Dysfonctionnements qui conduisent non seulement à des injustices, mais aussi à des comportements indignes de la part de ceux qui sont du côté des « méchants » (les assurances, leurs employés…)

Moore démêle les fils du machiavélique plan élaboré par un Président des Etats-Unis sous prétexte de lutter contre le socialisme et la bureaucratisation du personnel de santé. Il revient sur l’échec de la réforme entreprise par la First Lady, Hilary Clinton dans les années 90. Il l’interprète comme le résultat d’un matraquage médiatique des conservateurs qui cherchaient à décrédibiliser la proposition d’universaliser l’accès à la santé. Les thuriféraires des assurances analysaient cette évolution comme un processus qui aurait nécessairement débouché sur la victoire du socialisme rampant et une soviétisation de la société.

Mais le cinéaste décide de dépasser les frontières et de se confronter à d’autres systèmes et raisonnements. Pour illustrer son propos, il se rend donc au Canada, en Grande-Bretagne, où il porte aux nues le National Health Service. De fait, les médecins sont des fonctionnaires bien rémunérés, qui conduisent de belles Opel et vivent dans un cadre très agréable. Les patients ne sont pas obligés de débourser des fortunes pour se faire soigner…
Pourtant ces derniers temps, le NHS a été l’objet de profondes critiques en raison de son incapacité à prendre en charge les malades et à combler les inégalités sociales dans l’accès aux soins.

Mais le tour du monde ne fait que commencer car, d’un saut de puce au-dessus de la Manche, nous voilà propulsés dans la France éternelle, celle où les gens profitent de leur temps libres, ont des loisirs, celle où les frais de santé sont entièrement pris en charge par un système basé sur la solidarité. Des assistantes maternelles viennent même aider les jeunes mamans à relever le défi de leur maternité et à faire leur lessive ! Un véritable pays de Cocagne dans lequel le couple de référence touche plus de 6 000 euros par mois (Madame a d’ailleurs une passion : la collection des sables du monde entier).
Autant dire qu’en assistant à cette caricature du système français sur lequel tout spectateur a une connaissance moyenne (et sait par exemple qu’il est en déficit profond), la salle rit à gorge déployée…

On vire parfois vers des situations tragico-comiques, voire grotesques, quand Michael Moore emmène à Guantanamo Bay d’anciens pompiers et sauveteurs qui, après être intervenus sur les ruines du World Trade Center, sont tombés gravement malades. Effectivement cette enclave américaine sur le sol cubain serait le seul site en Amérique où on délivrerait de manière gratuite et performante des soins… du moins si l’on se fie aux dires des politiciens américains qui cherchaient à se défendre des accusations de traitement indigne et inhumain infligé aux supposés terroristes, détenus à Guantanamo.

N’ayant pas réussi à investir la forteresse, nous voilà peu après contraints de nourrir une admiration émerveillée pour les ennemis héréditaires de l’Oncle Sam depuis que Castro s’est emparé du pouvoir : les Cubains ! Ces derniers disposent en effet d’un système efficace, avec des coûts défiant toute concurrence. Et si on déménageait ?

Ce documentaire comprend des raccourcis flagrants, il use d’un manichéisme assez éhonté ; au demeurant il est plaisant à voir. D’une part parce que M. Moore mène son sujet avec force de conviction (à défaut de nuances et de réflexivité), d’autre part parce que l’enchaînement logique et le montage de ce film sont brillants (des images d’archive côtoient des prises inédites). On rit, on pleure… et on passe un bon moment, même si notre esprit critique s’aiguise au fur et à mesure que les minutes s’écoulent.


http://www.skepse.com/2007/10/michael-moore%e2%80%99s-touch-sicko">
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