Tais-toi et parle-moi

Auteur : David Thomas
Réalisateur/Metteur en Scène : Hocine Choutri
Interprètes : Barbara Beretta, Marc Bottiau, Raphaël Cohen, Olga Sokolow, Catherine Lenne, Jean-Paul Sermadiras
Sept personnages, trois couples qui s’entrecroisent ; des moments différents dans la relation amoureuse. La rencontre, le désir, le couple libertin ; le mariage, ses désillusions, le couple adultérin ; la vieillesse, la complicité inoxydable et l’abnégation qu’elle crée, le vieux couple.
Rating : 
Des petites saynètes qui se succèdent, qui se bousculent à la manière d’un feuilleton télévisé… Et dès le départ, le spectateur est plongé dans ce bain avec la musique du générique des Feux de l’Amour où les personnages prennent la pose à deux ou seul… Peinture acidulée et pleine d’humour des différentes périodes que connaît l’amour, chacune avec son cortège de mots, chacune avec ses stratégies d’approche, d’évitement…
Les phrases, les poses distillent une bonne dose d’humour dans la salle, comme les situations cocasses ou simplement piteuses…
Le vieux couple que rien ne semble pouvoir détruire, même l’usure du temps et des mots – qui perdent avec les années leur pouvoir corrosif, qui ne suscitent plus le courroux originel -, cherche désespérément un sujet de discorde… L’homme est à la quête de sa libido qu’il a perdue quelque part, mais où ?
Le jeune couple marié se meurt, entre une femme qui veut que son mari s’occupe d’elle et qui se réfugie dans le lit d’amants, et un homme qui déambule habillé d’un peignoir, traînant une maladie inconnue qui amollit sa capacité à satisfaire son épouse…
Le couple libertin qui s’épanouit à l’occasion d’une rencontre fortuite : la fille à problème, à la fois simple et touchante de naïveté, le jeune homme qui collectionne les jeunes donzelles mais qui prend soin de rassurer celle-ci… Les quiproquos sont légions dans leur discussion, pimentant leur quotidien naissant d’incompréhensions.

Et puis il y a la femme, seule, solitaire, isolée, prise par un désir dévorant, qui dérange ses couples… Elle veut qu’on lui parle, elle veut qu’on la touche… Elle pleure son esseulement jusqu’à ce qu’elle comprenne que le mariage n’est qu’une institution qui ne tue ni l’ennui, ni la solitude… que la présence de l’autre (de l’époux, du compagnon…) n’occupe pas nécessairement le vide, elle peut même l’accentuer…
Difficile de s’entendre, de percevoir que ce que possède autrui n’est pas nécessairement mieux…
Le montage du spectacle révèle un petit art de l’articulation scénique : les sept personnages ne quittent pas la scène, mais passent de l’ombre à la lumière, de positions surprenantes à des situations attendues… Le premier réveil chez celui avec qui on a passé la nuit la première fois, les mariés qui s’affrontent sur des détails… Un texte plein de vivacité et parfois d’inventivité…
Un bon petit moment à la Manufacture des Abbesses, lieu dont le nom est à lui seul une promesse !
La Tragédie d’Othello - Le Maure de Venise