La route de Sampo

de Hwang Sok-Yong
Recueil de quatre nouvelle écrites dans les années 60, cet ouvrage est un témoignage sur l’histoire et l’évolution des modes de vie en Corée. Nous y retrouvons le regard sans compromission l’esthétique réaliste de Hwang Sok-Yonk (Monsieur Han, le Vieux Jardin), particulièrement mise en valeur par l’usage d’un vocabulaire cru, celui de ses protagonistes, petites gens qui tentent de survivre.
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Dans Herbes Folles, un petit garçon vit les débuts de la guerre de Corée, au travers des bouleversements que connaît sa vie de famille : les rixes dans les rues, un père qui part pour une destination inconnue… Œuvre fictionnelle mais aussi en partie autobiographique entre une mère possessive, des sœurs indifférentes, une jeune bonne qui le cajole, Taegum… Cette jeune femme incarne le destin d’une Corée qui court vers le conflit et la division… Elle disparaît puis revient une fois que les cieux se sont calmés ; elle a sombré dans la folie et comme le fantôme d’un passé à jamais enterré, erre dans les lieux où hier elle travaillait…
Dans Oeils-de-biche, l’auteur fait de nouveau allusion à sa propre histoire, puisqu’il connut lui aussi la guerre du Vietnam où les Coréens s’engagèrent. Le retour au pays est difficile, comme l’illustrent la maladie qui secoue le narrateur principal, ou cette tournée pathétique dans la ville, où les habitants les rejettent, se moquent d’eux, les considèrent comme des parvenus qui se sont enrichis sur leur dos…
Les Ambitions d’un champion de ssireum relate l’histoire d’un jeune homme assez simple qui cherche à trouver sa place dans une Corée, où paysans et pêcheurs migrent vers la ville, vers un ailleurs plus accueillant… Tentant de s’adapter à ce nouveau rythme, aux petits métiers qu’on lui propose (il besogne dans les bains publics, puis s’essaie aux films érotiques…), il devient prostitué… mais ressent la solitude… Il se rappelle constamment sa jeunesse où il était promis, par sa carrure et sa force, à devenir un champion de ssireum, forme de lutte coréenne très prisée. Son corps, son esprit, sa virilité se lassent de cette atmosphère urbaine où tout se noie dans l’anonymat et la crasse. « Le grand Ilbong a compris, alors, qu’il n’échapperait pas à la fatalité du bain public. C’est son destin de récurer la crasse des gens, le nez sur leurs grosses cuisses. Allez frotte ! (…) Voir partir la crasse épaisse et puante, vois-la filer par les égouts, couvrir les routes, submerger la ville, entrer dans les bars, les immeubles, les bureaux des fonctionnaires… »
Ses aspirations de grandeur se brisent l’une après l’autre…
Dans la Route de Sampo, nous empruntons avec deux journaliers des chantiers de construction, le chemin menant à Sampo… la petite île d’où vient l’un d’eux et où il souhaite se ressourcer… Même s’ils sont ouvriers, leur vie ressemble à un vagabondage qui les contraint selon les saisons, selon les travaux à se rendre d’une ville à l’autre Partis à pied, ils affrontent la neige, le froid, ils rencontrent une jeune femme désabusée qui a fui une auberge où elle était devenue une esclave…
Dans cette nouvelle, Hwang Sok-Yong décrit là-encore les conséquences de l’industrialisation à grande vitesse qui s’empare de la Corée à la fin des années 60 et qui oblige les paysans à adopter un autre mode de vie, à abandonner leurs terres… Les femmes ne sont pas mieux traitées par ce changement, rien ne les préserve… Elles deviennent de la chair à travailler, nourrissant sans cesse des espoirs qui s’abîment.